Qui suis-je ?

  • Qui suis-je ?
  • Je ne sais plus. 
  • Où suis-je ?
  • Nulle part et partout à la fois.
  • Quand suis-je ?
  • Indéterminé. Indéterminable.
  • Qui suis-je ?
  • Je ne sais pas.
  • Qui suis-je ?

Dès lors qu'il est « reconnu » – par personne – qu'il n'y a pas de centre de contrôle apparent, émergent une fascination et un émerveillement, sans cesse renouvelé, à assister à ce ballet sans acteurs ni spectateurs. Cela a pu être ressenti dans le « passé » lors d'états de fatigue prononcée, comme en course à pied par exemple, où l'impression d'être au commande semblait moins convaincante, plus ténue. Comme un léger parfum d'ivresse. Il y a un contentement de l'instant. Ça se suffit à soi-même. Et ça n'interdit ni les élans, ni le mouvement, ni les émotions, ni quoi que ce soit d'ailleurs. Bien au contraire. C'est all in. Tapis baby !

 

Ces mots apparaissent sur la page comme par magie. Ce ne sont pas mes mots. Ils viennent de nulle part et repartent vers nulle part. Qu'ils résonnent, ou non, n'a aucune importance. Seule subsiste la joie de les voir émerger du néant. Qu'il y ait « quelque chose » plutôt que rien, c'est pas dingue ça ?!!

 

Pour évoquer cette reconnaissance, on entend parfois dans les milieux autorisés de la spiritualité – l'époque m'appelle à préciser : humour –, la phrase « cela ne change rien, et cela change tout ». Oui, cela ne change rien car il ne s'est rien passé. Est-ce que d'arrêter de croire au Père Noël est réellement arrivé ?

 

La vie quotidienne reste la même. Les perceptions – voir, toucher, sentir, penser, etc – restent les mêmes. Nulle apparition de supers pouvoirs telle que la télépathie ou la lévitation. Ce qui serait pourtant bien pratique ma foi. C'est si simple, si ordinaire, si commun. Peut-être trop simple, trop ordinaire, trop commun. Il n'y a que Ce Qui Est. C'est naturel, organique. Personne ne fait pousser les cheveux, personne ne fait penser, personne ne fait écrire sur le clavier. Pousser les cheveux, penser, écrire sur le clavier se fait … apparemment. Chute libre sans personne pour chuter. Waouh !!

 

Quand à savoir si cela change tout, c'est plus délicat à affirmer. Il y a une grandiloquence à laquelle je ne souscris pas. Cela pourrait laisser à penser que c'est extraordinaire, alors que ça ne l'est pas. Mais il ne peut être nié que cela fasse une différence certaine dans l'histoire. Par exemple, il n'y a plus la nécessité que ça aille nécessairement dans le sens de Sébastien, et la question « ça va ? » ne trouve plus aucun écho. C'est la fin apparente de la recherche et de ses sempiternelles questions – « Qui ? Pourquoi ? Comment ? ».  Il y a cette vie qui se sait directement; et c'est suffisant.

 

La difficulté réside peut-être dans l'incapacité de se rappeler comment c'était « avant » ; ce qui rend toute comparaison vaine. Il y a un vague souvenir de se sentir contracté, limité, entravé dans son expression; mais c'est tout. Je ne sais plus ce que c'est de savoir, et pourtant cela est su … par personne. Il n'y a plus aucun réconfort à venir se réfugier dans des croyances quelconques. Ce Qui Est est inconnaissable. Ce qui est vécu est indéfinissable. Comment décrire l'absence de ce qui n'a jamais réellement été là ?

 

À l'aide des mots, ce qui me semble le plus proche, c'est : « une liberté totale et absolue ». Mais ce n'est pas la description d'un conte de fées ou d'un film de Walt Disney. Ils ne vécurent pas heureux et eurent beaucoup d'enfants. Tout peut arriver. Drames, ruptures, décès, douleurs chroniques, les dix plaies d’Égypte. Les doutes peuvent surgir, l'incertitude peut surgir, les inquiétudes face à l'avenir peuvent surgir; mais il n'y a pas d'appropriation de ce surgissement. Il n'appartient à personne. Il y a une détente, un relâchement profond au sein de l'histoire. Les regrets éternels, la fierté mal placée, la culpabilité dévorante ont rejoint les licornes, les fées et les lutins au pays des créatures imaginaires. Plus rien ne semble pris personnellement. Compris ou incompris, l'addition reste la même. Tant et si bien qu'en se regardant dans la glace, cela ne se reconnaît pas en tant que sujet limité, séparé du reste de la manifestation. Alors passer pour un fou, un ahuri, voire un abruti, produit le même effet qu'une flèche essayant de transpercer le vent. Cela peut même déclencher un éclat de rire géant !

 

Et tout ceci ne nécessite aucun effort mental. Ni aucun effort en général. Cela traverse Sébastien sans qu'il ne soit affecté. Mais ce n'est pas mort, loin de là. La beauté, la vivacité de la Vie, jaillit de plus en plus souvent –  comme le passage de la simple à la haute définition – ; et sans aucune corrélation, semble-t-il, avec les éléments en présence. Paysages somptueux ou environnement crasseux, même combat. Tout paraît plus … vivant. Plein, complet, rien à enlever, rien à ajouter,  parfait tel que c'est, léger, doux, soyeux. Impossible de le décrire mieux. Désolé. Cette liberté inconditionnelle a des effluves de légèreté, de paix, de félicité ; mais ce n'est pas quelque chose à atteindre. Ce n'est pas quelque chose d'atteignable. C'est n'est pas quelque chose

  

Cette reconnaissance peut-être très soudaine ou très progressive. Certains semblent gravir l'Everest et d'autres le Mont des Alouettes – colline de Vendée culminant à 232 mètres d'altitude ! Pour filer la métaphore du randonneur, Sébastien est passé d'un faux plat montant à un faux plat descendant. L'intégration est donc apparemment douce et progressive. C'est un sentiment d'évanescence. L'absence de branches auxquelles se raccrocher. Pour ceux qui passent du noir et blanc à la couleur, cela semble produire un choc qui s'inscrit dans l'histoire comme « événement à marquer d'une pierre blanche ». Le cairn au sommet de la montagne. C'est ce qui est appelé communément « l'éveil ».

 

Mais l'éveil de qui ?

 

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